Quand la donation sort de l'ordinaire
Donation déguisée et donation indirecte
Deux donations qui avancent masquées : l'acte n'affiche aucune libéralité, mais l'intention de gratifier est réelle. Ce qui les sépare, c'est la manière dont la donation est cachée.
Point par point, ce qui les sépare et ce qui les réunit :
Libéralités à double détente : graduelle et résiduelle
Une même libéralité gratifie deux personnes l'une après l'autre. Le disposant donne à un premier gratifié, à charge pour lui de transmettre à son décès à un second qu'il a lui-même désigné. Point commun décisif : le second gratifié est réputé tenir ses droits directement du disposant, non du premier.
Les deux formes se distinguent par ce que le premier gratifié peut faire du bien :
Le régime fiscal des libéralités graduelles et résiduelles
Graduelle ou résiduelle, le régime fiscal est identique. La libéralité est taxée deux fois, à des moments et selon des liens différents.
L'intérêt est double, lien de parenté plus favorable et absence de double imposition, comme le montre cet exemple :
Ex : Paul lègue un bien de
200 000 €à son frère Marc, à charge pour Marc de le transmettre, à son décès, à Léa, la fille de Paul.1 · Première transmission : Marc paie les droits de succession entre frères et sœurs, soit
80 388 €(abattement15 932 €, taux 35 puis 45 %).2 · Au décès de Marc : Léa est taxée selon son lien avec le disposant, Paul → Léa, soit en ligne directe père-fille,
18 194 €(abattement100 000 €). Taxée sur le lien oncle Marc → nièce Léa, elle aurait dû105 618 €.3 · Imputation : les
80 388 €déjà payés par Marc s'imputent sur les18 194 €dus par Léa, qui ne règle donc aucun droit supplémentaire.
Transmettre en démembrant : réserve d'usufruit et usufruit temporaire
Donner la nue-propriété en conservant l'usufruit, ou ne donner l'usufruit que pour un temps : deux façons de transmettre moins que la pleine propriété, et donc de réduire la base taxable. Le barème de l'article 669 du CGI fixe la part de chacun.
Ex : un donateur de
66 ansdonne la nue-propriété d'un bien valant400 000 €en pleine propriété.Usufruitier de 61 à 70 ans : la nue-propriété vaut
60%de la pleine propriété. Base taxable =400 000 × 60%= 240 000 €, soit 160 000 € de base en moins qu'en pleine propriété. Au décès du donateur, l'usufruit rejoint la nue-propriété sans aucun droit à payer.
Moduler la donation par une clause
Au-delà de sa forme et de sa structure, la donation peut porter une clause qui en aménage les effets. Deux outils reviennent sans cesse en pratique : la charge imposée au donataire et le droit de retour réservé au donateur.