Droit de la famille et de la transmission

La donation simple

Fiche de révision· 6 min de lecture·Publié le ·Mis à jour le

La donation est l'acte par lequel une personne se dépouille de son vivant, immédiatement et sans retour, d'un bien au profit d'une autre qui l'accepte. Trois caractères constitutifs la définissent et la distinguent du testament, qui ne produit effet qu'au décès.

I

Les trois caractères de la donation

1Dépouillement actuelle donateur perd dès maintenantLa propriété sort du patrimoine du donateur le jour de l'acte, pas à son décès. Le bien ne lui appartient plus.
2Irrévocabilitéaucun retour de volontéLe donateur ne peut pas reprendre ce qu'il a donné. La libéralité est définitive dès qu'elle est formée.
3Acceptationle donataire doit consentirSans acceptation expresse du gratifié, la donation ne produit aucun effet et n'engage pas le donateur.
II

Acte notarié, don manuel, présent d'usage

Toute donation suppose en principe un acte authentique notarié. Le don manuel y déroge : c'est la donation d'un meuble (somme, titres, objet) par simple remise de la main à la main, sans acte. Le présent d'usage, lui, est le cadeau offert à l'occasion d'un événement (mariage, naissance, anniversaire, Noël, réussite à un examen) et proportionné à la fortune du donateur : il sort entièrement du champ de la donation, ni rapporté ni taxé.

Critère
Acte authentiquela règle
Don manuella dérogation
Présent d'usagehors champ
Support
Acte authentiqueMeubles et immeubles
Don manuelMeuble corporel, somme, titres
Présent d'usageCadeau d'occasion
Formalisme
Acte authentiqueNotaire à peine de nullité
Don manuelSimple remise, de la main à la main
Présent d'usageAucun
Rapport civil
Acte authentiqueoui
Don manueloui
Présent d'usagenon
Droits de mutation
Acte authentiqueoui
Don manueloui, à la révélation
Présent d'usagenon
À noter · don manuel taxé, présent d'usage hors champ
Don manuel : son caractère informel ne le soustrait ni au rapport successoral ni aux droits de mutation, il reste une vraie donation.
Présent d'usage : il s'apprécie au regard de l'événement qui le justifie et de la fortune du donateur ; disproportionné, il se requalifie en donation taxable et rapportable. Aucun seuil légal de proportion, le juge apprécie au cas par cas. Repère officieux, sans valeur juridique : environ 2 à 2,5 % du revenu annuel ou du patrimoine du donateur, apprécié cadeau par cadeau, sans enveloppe annuelle ni cumul par donataire.
III

L'irrévocabilité et ses limites

Une fois formée, la donation ne se reprend pas. Le donateur ne peut transmettre que des biens présents, jamais ses biens à venir. La loi ne ménage que trois causes de révocation, toutes exceptionnelles.

01Inexécution des charges
Le donataire n'exécute pas l'obligation mise à sa charge par l'acte (par exemple verser une rente au donateur, l'héberger, ou conserver le bien). Le donateur peut alors faire révoquer la donation.
révocation judiciaire · action 5 ans
02Ingratitude
Attentat à la vie du donateur, sévices, délits ou injures graves, refus d'aliments. La révocation se demande en justice.
révocation judiciaire · action 1 an
03Survenance d'enfant
Le donateur, sans enfant au jour du don, en a un ensuite. Cause facultative depuis 2007 : elle ne joue que si l'acte de donation l'a expressément stipulée.
stipulation requise
IV

Le rapport civil, rétablir l'égalité

Le rapport reconstitue le patrimoine du défunt comme s'il n'avait jamais donné, afin d'assurer l'égalité entre héritiers. Une donation faite à un héritier est présumée rapportable, en avancement de part successorale. Le donateur peut l'en dispenser par une clause expresse : elle devient alors hors part successorale.

Rapportable
En avancement de part
Préciputaire
Hors part successorale
Présomption
rapportable de plein droit
dispense de rapport requise
Nature
avance sur l'héritage
libéralité préciputaire
Imputation
s'impute sur la réserve du gratifié
s'impute sur la quotité disponible
Égalité entre héritiers
rétablie au partage
rompue volontairement
Le rapport n'est pas obligatoire : le donateur peut l'écarter par une clause, c'est la dispense vue plus haut. Deux cas y échappent d'office : le conjoint survivant, qui n'a rien à rapporter et ne peut rien réclamer aux autres héritiers à ce titre, et le legs fait par testament, présumé non rapportable, à l'inverse de la donation.

Ex : un parent laisse 300 000 € et a déjà donné 100 000 € à l'un de ses deux enfants.

En avancement de part la donation revient à la masse (400 000 €), chacun a droit à 200 000 € et le gratifié ne prélève que 100 000 € de plus. 200 000 € / 200 000 €, égalité rétablie.

Hors part elle n'est pas rapportée : les 300 000 € se partagent par moitié, le gratifié garde ses 100 000 €. 250 000 € / 150 000 € ; réunie fictivement pour contrôler la réserve de l'autre enfant, elle tient ici dans la quotité disponible.

V

L'évaluation au jour du partage

Ici se joue la différence majeure avec la donation-partage. Le bien donné est rapporté pour sa valeur au jour du partage, d'après son état au jour de la donation. La donation simple ne gèle donc rien : la plus-value suit le bien jusqu'au partage et profite à la masse à partager. Pour une somme d'argent, la règle change : elle se rapporte pour son montant nominal, sauf si elle a servi à acquérir un bien, auquel cas on retient la valeur de ce bien au partage. 100 000 € dépensés se rapportent pour 100 000 € ; placés en actions valant 1 M€, pour 1 M€.

Jour de la donation100 000 €état du bien figé ici
la valeur court+ 60 %
Jour du partage160 000 €valeur retenue
+ 60 000 €de plus-value passiveréintégrée à la masse à partager
À l'inverse, la donation-partage fige la valeur dès le jour de l'acte.
!La plus-value n'est pas toujours réintégrée
Seule la plus-value passive, étrangère au donataire, profite à la succession. Celle qui tient à son activité ou à ses travaux lui reste acquise.

Exemple : un terrain donné 50 000 € en vaut 120 000 € au partage. Si la hausse vient du marché, les 70 000 € reviennent à la masse. Si elle vient d'une maison bâtie par le donataire, cette valeur lui reste acquise.

Et si le bien n'est plus là : vendu sans rien racheter, on retient sa valeur au jour de la vente ; réinvesti dans un autre bien (le remploi), c'est ce bien de remplacement que l'on réévalue au partage.
VI

Donation simple face à la donation-partage

Les deux actes transmettent du vivant du donateur, mais la donation-partage ajoute un partage anticipé qui fige les valeurs. La donation simple, elle, reste une avance sur héritage soumise au rapport et à la réévaluation.

Critère
en jeuDonation simple
repèreDonation-partage
Nature
Donation simpleLibéralité simple
Donation-partageLibéralité et partage anticipé
Forme
Donation simpleActe notarié ou don manuel
Donation-partageActe notarié obligatoire
Rapport civil
Donation simplePrésumé rapportable
Donation-partageNon rapportable
Évaluation
Donation simpleValeur au jour du partage
Donation-partageValeur figée au jour de l'acte
Sort de la plus-value
Donation simpleRéintégrée à la succession
Donation-partageAcquise au gratifié
Conflits au décès
Donation simpleRisque de réévaluation
Donation-partageValeurs figées, apaisement
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