Droit de la famille et de la transmission

Dévolution successorale en présence d'un conjoint survivant

Fiche de révision· 6 min de lecture·Publié le ·Mis à jour le

Depuis la loi du 3 décembre 2001, le conjoint marié occupe une place forte : il prime les ascendants ordinaires et tous les collatéraux, et n'est jamais totalement écarté de la succession. Encore faut-il avoir la qualité de conjoint successible, que le PACS et le concubinage ne confèrent pas.

I

Le conjoint successible

Époux marié
A vocation
PACS ou concubinage
Sans vocation
Lien au défunt
conjoint par le mariage
partenaire ou concubin
Condition
ni divorce ni séparation de corps passés en force de chose jugée
aucune reconnaissance successorale légale
Vocation
héritier, jamais totalement écarté
aucun droit légal
II

Deux régimes selon les descendants

Au décès, le sort du conjoint prend l'un de deux chemins selon une seule question : le défunt laisse-t-il des descendants ? La présence de descendants ouvre un mécanisme d'option entre usufruit et propriété. Leur absence fait du conjoint l'héritier de premier rang, en concours résiduel avec les seuls père et mère.

Le défunt laisse-t-il des descendants ?
OUI
Enfants tous issus des deux époux ?
OUI
Option : usufruit total OU 1/4 en pleine propriété
NON
1/4 en pleine propriété, sans option
NON
Des père et mère survivent-ils ?
OUI
1/2 si les deux parents survivent ou 3/4 si un seul
NON
Totalité de la succession

Le conjoint ne se trouve jamais en concours avec les frères et sœurs, les neveux ou les ascendants ordinaires : il les écarte. Seuls les père et mère du défunt peuvent encore prélever une part à ses côtés.

III

En présence de descendants : l'option

Quand tous les enfants sont issus des deux époux, le conjoint arbitre entre deux modèles de propriété sur le même patrimoine : la jouissance viagère de tout, ou la propriété immédiate du quart.

Option AUsufruit total
Usufruit · conjoint · 100% Nue-propriété ENFANTS · 100%
Usufruit du conjoint sur l'intégralité de la succession ; nue-propriété aux descendants.
Usufruit · conjoint · jouissance viagère 100%
Nue-propriété · enfants · capital pérenne 100%
OU
Option B1/4 en pleine propriété
1/4 pleine propriété · conjoint 1/4 PP
Quart en pleine propriété pour le conjoint ; trois quarts en pleine propriété aux descendants.
Conjoint · 1/4 PP (bourgogne)
Enfants · 3/4 PP

L'option n'existe que si tous les enfants sont communs. Dès qu'un enfant est issu d'une autre union, elle disparaît : le conjoint reçoit le 1/4 en pleine propriété, pour protéger la transmission vers l'enfant non commun.

Ex Succession de 400 000 €, deux enfants communs. En propriété, le conjoint reçoit 400 000 × 1/4 = 100 000 €. En usufruit, il jouit de la totalité sa vie durant, les enfants n'ayant que la nue-propriété.

IV

Exercer l'option : présomption et délais

Quand l'option existe, elle appartient au seul conjoint. Le législateur encadre son exercice pour ne pas laisser les enfants dans l'incertitude, et fait toujours pencher le silence vers l'usufruit.

1
Liberté de choix du conjoint
L'option est personnelle. Le conjoint prend l'usufruit de toute la succession ou 1/4 en pleine propriété, selon son intérêt au moment du décès.
2
Présomption d'usufruit
À défaut de manifestation de volonté, le conjoint est présumé avoir choisi l'usufruit. S'il décède sans avoir opté, l'usufruit l'emporte également.
3
Sommation des héritiers
Tout héritier peut inviter le conjoint par écrit à se prononcer. Faute d'option écrite dans les 3 mois, le conjoint est réputé avoir opté pour l'usufruit.
4
Conversion possible
L'usufruit du conjoint peut, à la demande d'un nu-propriétaire ou du conjoint lui-même, être converti en rente viagère, ce qui liquide définitivement le démembrement.
V

Le quart en pleine propriété : l'assiette

Lorsque le défunt n'a réalisé aucune donation entre vifs ni établi de disposition testamentaire, le quart du conjoint se prélève directement sur les biens présents dans le patrimoine à l'ouverture de la succession. À l'inverse, s'il en a consenti, il faut reconstituer fictivement le patrimoine sur lequel les droits du conjoint auraient porté en leur absence : c'est la masse de calcul, qui chiffre le droit. La masse d'exercice, plus étroite, désigne les biens réellement disponibles pour le prélèvement.

ÉTAPE 1 · MASSE DE CALCUL Biens existants au décès + Libéralités rapportables legs non rapportables : déjà comptés dans biens existants = Masse de calcul × taux légal du conjoint Droits théoriques ÉTAPE 2 · MASSE D'EXERCICE Biens existants au décès − Libéralités attribuées − Réserve des enfants = Masse d'exercice ÉTAPE 3 · COMPARAISON Masse d'exercice ≥ Droits ? Conjoint rempli OUI · Masse ≥ Droits Droits plafonnés NON · Masse < Droits

Ex Le défunt laisse trois enfants. Masse de calcul = 130 000 (biens existants au décès, incluant le bien grevé du legs) + 20 000 (donation rapportable à l'enfant 1) + 10 000 (donation rapportable à l'enfant 2) = 160 000 €. Quart théorique du conjoint = 160 000 × 1/4 = 40 000 €. La masse d'exercice n'est pourtant que de 130 000 − 30 000 (legs au tiers) − 90 000 (réserve résiduelle des trois enfants, soit 120 000 € de réserve globale moins les 30 000 € de donations qu'ils ont déjà reçues) = 10 000 €. Le conjoint est donc plafonné à 10 000 € ; le legs au tiers a entamé la quotité disponible et privé le conjoint des 30 000 € restants de ses droits théoriques.

VI

En l'absence de descendants : le concours avec les parents

Sans descendant, le conjoint devient l'héritier principal. Seuls les père et mère du défunt conservent une part, à hauteur d'un quart chacun. Toute branche parentale vide profite au conjoint.

Défunt CONJOINT SURVIVANT 1/2 PÈRE 1/4 MÈRE 1/4
Survivants aux côtés du conjointPart du conjointPart des parents
Père et mère1/21/4 chacun
Un seul parent3/41/4
Aucun parenttotaliténéant

Droit de retour : si le défunt meurt sans descendant et que ses parents sont prédécédés, les frères et sœurs reprennent la moitié des biens de famille que le défunt avait reçus de ses ascendants par donation ou succession, et qui se retrouvent en nature.

VII

Logement et pension : les protections d'ordre public

Au-delà de sa part, le conjoint bénéficie de droits attachés à son cadre de vie. Deux droits sur le logement se relayent dans le temps : l'un automatique et bref, l'autre durable mais à revendiquer.

Droits du conjoint sur le logement · J0 = décès Temporaire · ordre public Viager · sur option
J0 · décès 6 mois 1 an 2 ans à vie
Droit temporaire · 1 an Logement principal et meubles · automatique, sans option
DROIT VIAGER À VIE Habitation et usage des meubles · sur option du conjoint
Option du conjoint · forclusion à 1 an

Le droit temporaire joue même si le logement était loué, la succession remboursant alors les loyers ; il est d'ordre public et ne peut être retiré. Le droit viager, lui, peut être écarté par le défunt, mais seulement par un testament reçu en la forme authentique. À cela s'ajoute, pour le conjoint dans le besoin, un droit à pension contre la succession, à réclamer dans l'année du décès.

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