Droit de la famille et de la transmission

Donation au dernier vivant

Fiche de révision· 5 min de lecture·Publié le ·Mis à jour le

Quand le défunt laisse des descendants, communs ou non, la donation au dernier vivant ouvre au conjoint un choix entre trois quotités définies par l'art. 1094-1. Il n'opte qu'au décès, en pleine connaissance de la composition de la succession.

I

Nature et qualification

La donation au dernier vivant est une donation de biens à venir consentie entre époux. Elle ne porte pas sur des biens présents, mais sur le patrimoine que le donateur laissera au jour de son décès. Elle suit le régime des libéralités à cause de mort, proche du legs, et n'est ouverte qu'aux personnes mariées.
Objetbiens à venir, soit le patrimoine au jour du décès
Date d'effetau décès du donateur, jamais du vivant
Bénéficiaireconjoint marié uniquement, jamais PACS ni concubin
Formeacte authentique notarié, ou clause du contrat de mariage
Configurationunilatérale ou réciproque entre les deux époux
Limite quantitativequotité disponible spéciale entre époux
II

En présence de descendants : trois options

Option 1QDO en pleine propriété
QD
Conjoint en pleine propriété sur la quotité ordinaire (1/2, 1/3 ou 1/4 selon le nombre d'enfants) ; enfants en pleine propriété sur la réserve.
OU
Option 21/4 PP + 3/4 USU
1/4 PP
Conjoint : 1/4 en pleine propriété + 3/4 en usufruit. Enfants en nue-propriété sur les 3/4. Quotité invariable.
OU
Option 3Usufruit universel
Conjoint en usufruit sur la totalité ; enfants en nue-propriété sur tout.
Conjoint · QDO en pleine propriété
Conjoint · 1/4 PP fixe (QDS)
Conjoint · usufruit
Enfants · pleine propriété
Enfants · nue-propriété

Ex Patrimoine 400 000 €, deux enfants communs. Option 1 : conjoint reçoit 400 000 × 1/3 = 133 333 € en PP. Option 2 : 400 000 × 1/4 = 100 000 € en PP, plus l'usufruit sur les 300 000 € restants. Option 3 : usufruit total sur 400 000 €, sans aucune propriété transmise au conjoint.

III

Sans descendants : portée et droit de retour

En l'absence de descendants, la quotité disponible spéciale autorise le conjoint à recevoir la totalité du patrimoine en pleine propriété. La réserve des ascendants ayant été supprimée par la loi du 23 juin 2006, plus aucun héritier réservataire ne fait obstacle à la DDV, à une exception près.

Vocation universelle
Sans descendant ni parent
La DDV peut porter sur la totalité du patrimoine en pleine propriété. Le conjoint exclut frères, sœurs, neveux, ascendants ordinaires et collatéraux.
Quotité maximaletotalité en PP
Réservatairesaucun
Effet sur autres héritiersexclusion totale
Réserve abrogée mais droit de retour maintenu
Avec père ou mère vivants
Les parents n'ont plus de réserve mais conservent un droit de retour légal sur les biens qu'ils avaient eux-mêmes donnés ou transmis au défunt et qui se retrouvent en nature dans la succession.
Quotité maximaletotalité en PP
Réserve des parentsabrogée depuis 2006
Droit de retour légal1/4 par parent, sur biens reçus d'eux
IV

Révocabilité : règle et exception

La DDV se distingue radicalement des donations ordinaires par sa révocabilité libre, sauf lorsqu'elle est insérée dans le contrat de mariage. Cette singularité tient à sa nature de libéralité à cause de mort.

Pendant le mariage
Toujours révocable
Dans le contrat de mariage
Irrévocable
Modalité de révocation
acte notarié unilatéral, sans accord du conjoint
aménagement du contrat de mariage, acte bilatéral notarié
Information du bénéficiaire
aucune obligation, secret notarial
acte bilatéral requis
Sort en cas de divorce
révoquée de plein droit, art. 265 al. 2 C. civ.
maintenue, art. 265 al. 3 C. civ.
Survenance d'enfants
sans effet sur la donation
sans effet sur la donation
V

Cantonnement : un choix à la carte

Au décès, le bénéficiaire de la DDV n'est pas obligé d'accepter tout ce qu'il pouvait recevoir : il peut limiter ses droits à une partie seulement, dispositif et bien par bien. Le reste rejoint la masse à partager entre les autres héritiers.
Art. 1094-1 al. 2 C. civ.
VI

Choisir entre DDV, droits légaux et testament

Le conjoint successible a déjà des droits par défaut. La DDV s'évalue à l'aune du surcroît qu'elle apporte vs ce que le conjoint recevrait sans acte (droits légaux) ou avec un testament olographe rédigé en DIY.

axes Critères de choix 4 axes · descendants / divorce / cantonnement
Avec descendantscommuns ou non communs
Sans descendant, parents vivantsportée maximale
Effet du divorcesur la libéralité consentie
Cantonnementaccepter en partie
Cas d'usage typeà quel client la proposer
Option 1 Droits légaux Application automatique au décès, aucun acte requis
Avec descendants
~1/4 PP ou USU total si enfants communs · 1/4 PP seulement si non communs
Sans descendant, parents vivants
~1/2 ou 3/4 PP selon survivants
Effet du divorce
Sans objet. Le divorce dissout le mariage.
Cantonnement
Impossible sur les droits légaux purs
Cas d'usage type
Couple sans patrimoine notable, ou client qui n'a pas anticipé.
Option 2 Testament olographe Acte privé écrit, daté et signé de la main du testateur, sans notaire
Avec descendants
~QDS en théorie, mais sous condition de validité de l'acte
Sans descendant, parents vivants
~Totalité en PP possible, sous réserve d'opposabilité
Effet du divorce
Caduc au profit du conjoint divorcé
Cantonnement
~De droit, mais opposabilité dépend de la solidité de l'acte
Cas d'usage type
Solution DIY déconseillée pour un patrimoine sérieux : risque de perte, destruction ou contestation après le décès.

Le testament authentique notarié, non listé ici, offre des effets juridiques équivalents à la DDV au regard de l'art. 1094-1. La DDV est l'instrument dédié entre époux ; le testament authentique se préfère quand on veut combiner des legs au conjoint et à d'autres bénéficiaires (enfant handicapé, filleul, association) dans un même acte.

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