Droit de la famille et de la transmission

Dévolution successorale en l'absence de conjoint survivant

Fiche de révision· 5 min de lecture·Publié le ·Mis à jour le

La succession sans testament, dite ab intestat, s'ouvre au décès et revient aux parents par le sang. Trois filtres conditionnent l'accès à la succession avant tout calcul de parts.

I

Ouverture et conditions pour hériter

1
S'ouvrir au dernier domicile
La succession s'ouvre au jour du décès, au lieu du dernier domicile du défunt. Ce point fige la liste des héritiers, fixe le tribunal compétent et fait courir les délais.
2
Exister à l'ouverture
Il faut être vivant à l'instant du décès, ou déjà conçu et naître viable. L'enfant simplement conçu hérite s'il naît vivant et viable.
3
Ne pas être indigne
Celui qui a porté atteinte à la vie du défunt peut être écarté pour indignité, prononcée par le juge. Ses propres enfants peuvent toutefois le représenter.
II

Les quatre ordres d'héritiers

La loi range les parents en quatre ordres successifs :

  1. Descendants : enfants, petits-enfants, sans limite de génération
  2. Ascendants et collatéraux privilégiés : père, mère, frères, sœurs, neveux, nièces
  3. Ascendants ordinaires : grands-parents et au-delà, hors père et mère
  4. Collatéraux ordinaires : oncles, tantes, cousins jusqu'au 6e degré

Le premier ordre où se trouve un héritier ferme l'accès à tous les suivants, fût-ce un parent en apparence plus proche. Sans héritier dans les quatre ordres, la succession tombe en déshérence et revient à l'État. Dans l'exemple ci-dessous, un descendant présent rompt la cascade.

I
Descendants
Enfants, petits-enfants, sans limite de génération
Héritiers présents
Cascade rompue · ordres suivants écartés
II
Ascendants et collatéraux privilégiés
Père, mère, frères, sœurs, neveux, nièces
Exclu
III
Ascendants ordinaires
Grands-parents et au-delà, hors père et mère
Exclu
IV
Collatéraux ordinaires
Oncles, tantes, cousins jusqu'au 6e degré
Exclu
III

Le jeu des degrés

À l'intérieur d'un ordre, le degré sert à départager les héritiers : le plus proche en degré exclut les plus éloignés (sauf jeu de la représentation), et la limite du sixième degré ferme la vocation en ligne collatérale ordinaire. Une génération franchie vaut un degré.

Règle de comptage : remonter du défunt au plus proche parent commun en comptant chaque saut, puis redescendre vers l'autre héritier en continuant à compter. La somme des sauts donne le degré. Exemple : du défunt à son frère, on remonte aux parents (1 saut) puis on redescend vers le frère (1 saut) → 2° degré.

Ligne directe Fratrie Cousins germains Cousins issus de germains Arrière-grands-parents Grands-parents Grand-oncle, tante Parents Oncles, tantes Cousins Défunt Frères, sœurs Cousins germains Cousins Enfants Neveux, nièces Petits-cousins Cousins éloignés Petits-enfants Petits-neveux, nièces Arrière-petits-cousins Cousins très éloignés Plus la teinte est saturée, plus l'héritier est proche du défunt. Au-delà du 6° degré (en pointillé), plus de vocation successorale en ligne collatérale ordinaire.

Seuls les descendants de frères et sœurs échappent à la borne du sixième degré, par le jeu de la représentation.

IV

La représentation

Fiction juridique qui hisse les descendants d'un héritier prédécédé, renonçant ou indigne, à son rang et dans ses droits. Le partage s'opère alors par souche, et non par tête.

Défunt ENFANT · VIVANT vient de son chef 1/2 ENFANT · PRÉDÉCÉDÉ représenté souche : 1/2 SOUCHE · PARTAGE PAR REPRÉSENTATION PETIT-ENFANT 1/6 PETIT-ENFANT 1/6 PETIT-ENFANT 1/6
Défunt
Héritier vivant
Prédécédé
Souche

Ex Sans représentation, l'enfant vivant exclurait les petits-enfants. Avec représentation, la souche de l'enfant prédécédé reçoit 1/2, partagée par tête entre ses trois enfants, soit 1/6 chacun.

La représentation joue à l'infini en ligne directe descendante, et au profit des descendants de frères et sœurs. Elle est exclue pour les ascendants et pour les collatéraux ordinaires, où le plus proche en degré exclut toujours le plus éloigné.

V

Deuxième ordre : parents et fratrie

En l'absence de descendants, la succession se partage entre les ascendants privilégiés, père et mère, et les collatéraux privilégiés, frères et sœurs et leurs descendants. Les fractions dépendent du nombre de parents survivants.

SituationPère et mèreFrères et sœurs
Père et mère vivants, avec fratrie1/4 chacun, soit 1/21/2
Un seul parent vivant, avec fratrie1/43/4
Aucun parent, fratrie présentenéanttotalité
Père et mère vivants, sans fratrietotaliténéant

Droit de retour : les père et mère reprennent les biens qu'ils avaient donnés au défunt décédé sans descendant, dans la limite d'1/4 de ces biens pour chacun.

VI

Ascendants ordinaires : la division par branche

À défaut des deux premiers ordres, la succession remonte aux ascendants ordinaires. La parenté se scinde en deux branches qui se partagent la masse à parts égales, c'est la fente successorale.

Côté père
Branche paternelle
Côté mère
Branche maternelle
Part de la succession
1/2
1/2
Au sein de la branche
l'ascendant au degré le plus proche prend tout
l'ascendant au degré le plus proche prend tout
Branche sans ascendant
l'autre branche recueille la totalité
l'autre branche recueille la totalité
VII

Filiation et adoption

La dévolution suppose une filiation établie. La loi ne distingue ni selon le sexe, ni selon l'origine de la filiation, et ignore la notion de demi-frère ou demi-sœur. Seule l'adoption modifie la vocation successorale.

Mode de filiationLien avec la famille d'origineVocation successorale
Par le sang ou hors mariageÉtabliMêmes droits, sans distinction
Adoption plénièreRompuHérite dans la seule famille adoptive
Adoption simpleConservéHérite dans les deux familles

L'adopté simple cumule donc une double vocation successorale, alors que l'adopté plénier est traité comme un enfant par le sang de sa seule famille adoptive.

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