Droit de la famille et de la transmission

Les régimes matrimoniaux conventionnels

Fiche de révision· 4 min de lecture·Publié le ·Mis à jour le

Sans contrat, les époux relèvent de la communauté légale. Un contrat de mariage permet d'y substituer un régime conventionnel : séparation de biens, participation aux acquêts ou communauté universelle. Mais quel que soit le choix, un socle d'ordre public, le régime primaire, s'impose à tous.

I

Choisir son régime par contrat de mariage

par défaut · sans contratCommunauté légaleréduite aux acquêts, s'applique faute de choix
conventionnelSéparation de biensdeux patrimoines étanches
conventionnelParticipation aux acquêtsséparation, puis créance de participation
conventionnelCommunauté universelleune masse unique, tout commun
on ne choisit pasLe régime primairesocle d'ordre public
II

Trois régimes, trois logiques

Les régimes conventionnels se distinguent moins par leur fonctionnement courant que par leur sort à la dissolution. C'est là que chacun révèle sa logique : étanchéité totale, partage de l'enrichissement, ou transmission au survivant.

Critère
Séparation de biens
Participation aux acquêts
Communauté universelle
Pendant le mariage
deux patrimoines étanches
fonctionne comme une séparation
une seule masse, tout commun
Propriété
chacun ses biens, aucune masse commune
chacun ses biens, apparence de séparation
tous les biens, présents et à venir
Dettes
chacun les siennes, sauf dettes du ménage
chacun les siennes
la communauté supporte tout
À la dissolution
quasi rien à liquider · créances entre époux
créance de participation
souvent attribution intégrale au survivant
Profil type
profession à risque, famille recomposée
protéger le conjoint sans masse commune
couple âgé, enfants communs
III

La séparation de biens

La séparation de biens ne crée aucune masse commune : le mariage laisse coexister deux patrimoines étanches. Chaque époux administre, jouit et dispose seul de ses biens, et ne répond que de ses propres dettes, hors les dettes du ménage.

!La séparation n'efface pas la protection du logement
Le logement de la famille relève du régime primaire d'ordre public. Même seul propriétaire, un époux ne peut le vendre ou le donner sans l'accord de l'autre, et l'acte passé seul est annulable.
Vendre seul le logement familial
Époux propriétaireConjoint
Verrou ferméActe annulable, même propriétaire exclusif
Avec l'accord du conjoint
Époux propriétaireConjoint
Verrou ouvertVente valable
À la dissolution
Il n'y a presque rien à liquider : chacun reprend ses biens. Seuls les biens achetés ensemble restent indivis, partagés selon la quote-part financée par chacun, le logement au premier chef. S'y ajoutent les créances entre époux nées des sommes mêlées pendant la vie commune, réévaluées comme des récompenses. Une clause de société d'acquêts peut greffer une petite masse commune, liquidée alors comme une communauté.
IV

La participation aux acquêts

La participation aux acquêts est un régime hybride. Pendant le mariage, il se comporte comme une séparation de biens ; à la dissolution, chacun participe à l'enrichissement de l'autre par une créance.

Pendant le mariage
comme une séparation
À la dissolution
comme une communauté
Propriété
chacun reste seul propriétaire de ses biens
on fige l'enrichissement réalisé par chacun
Gestion
chacun administre et dispose seul
on compare patrimoine originaire et final
Résultat
aucune masse commune ne se forme
l'époux le moins enrichi reçoit une *créance
* La créance se règle en principe en argent. Le juge peut accorder des délais de paiement, sans dépasser cinq ans.
V

La créance de participation

La créance chiffre l'enrichissement à partager. Pour chaque époux, on compare le patrimoine originaire, ses biens au départ augmentés de ce qu'il a reçu par succession ou donation pendant le mariage, et le patrimoine final, ses biens à la dissolution : la différence donne ses acquêts nets. Le plus enrichi doit alors à l'autre la moitié de l'écart entre leurs acquêts.

Madame
Patrimoine final250 000 €
Patrimoine originaire100 000 €
=
Acquêts nets150 000 €
Monsieur
Patrimoine final100 000 €
Patrimoine originaire50 000 €
=
Acquêts nets50 000 €
Créance de participation (150 000 − 50 000) / 2 = 50 000 €
Madame verse 50 000 € à Monsieur, le moins enrichi
!Le déficit ne se partage pas
Si le patrimoine final d'un époux est inférieur à son originaire, il supporte seul sa perte. Seul un excédent d'acquêts ouvre une créance au profit de l'autre.
VI

La communauté universelle

La communauté universelle fait tomber tous les biens dans une masse unique, présents et à venir, propres compris.

Une seule masse contraste avec les trois masses du régime légal
Biens présentsceux possédés au mariage
Biens à veniracquis pendant le mariage
Biens propressauf les propres par nature
la communauté Tout commun une masse unique qui supporte aussi toutes les dettes des deux époux

Cette masse unique s'accompagne presque toujours d'une clause d'attribution intégrale au survivant, prisée des couples âgés : à la dissolution, le survivant recueille la communauté entière, ce qui décide du sort de chacun aux deux décès.

1Au premier décès
la clause joue · hors succession
2Au second décès
la transmission s'ouvre enfin
Le survivantl'époux qui reste
Prend 100 % de la communautéhors succession, rien ne se partage
Le patrimoine se transmetil quitte à son tour la communauté
Les enfantshéritiers réservataires
En attentel'héritage est différé, pas supprimé
Héritent enfinen une fois, au second décès
!L'attribution intégrale n'est pas une donation
Elle est un avantage matrimonial, non réputé donation entre époux. Mais les enfants d'un autre lit peuvent la contester par l'action en retranchement pour préserver leur réserve.
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